Barma

Barma, installation in situ, 2020

Par la sculpture et l’installation, Marion Mounic met nos sens et nos mémoires à l’épreuve. Elle fait de la perturbation le moteur de sa réflexion plastique et critique. Celle-ci est motivée par deux histoires, deux corps. Elle parle ainsi de sa mère, atteinte d’une maladie oculaire. De ce fait plusieurs œuvres réclament un effort visuel et troublent nos repères. Elle parle aussi de son père et de ses origines marocaines que l’artiste apprivoise depuis 2016.
À la Graineterie, Marion Mounic réalise Barma (2020), une œuvre in situ convoquant les deux histoires qui
la constituent. En découvrant la cave du centre d’art, elle est immédiatement intéressée par l’humidité et la pénombre. Le ressenti physique et visuel génère une envie, celle de fabriquer un hammam, ou plutôt l’idée d’un hammam. L’œuvre se situe entre l’image et l’expérience physique. À une reconstitution fidèle, l’artiste préfère installer des indices dans l’espace. Un écran formé de lanières en PVC épouse la forme de la voûte semi- circulaire. Derrière : des néons recouverts d’une gélatine légèrement orangée, des radiateurs, une machine à brouillard. L’artiste se joue de notre perception de l’espace pour créer l’idée de la chaleur. Il nous est impossible de traverser cet écran. L’œuvre nous place en situation d’observateur.trice.s. Nous pouvons nous asseoir sur les bancs de béton pour expérimenter une sensation, une image, un souvenir. Marion Mounic réactive en effet le souvenir de son premier hammam (« qui retient la chaleur ») lors de son séjour au Maroc. Elle est intriguée par les cloisons de lanières transparentes qui séparent les différents espaces. Avec l’intention de rencontrer des femmes, elle réalise sur place qu’elle se trouve à la fois dans un espace safe où les femmes sont libres de leurs corps et leurs paroles, mais aussi un espace où elle ne peut pas vraiment entrer dans les conversations et prendre part à une histoire collective dont elle est, elle aussi, l’observatrice.

Julie Crenn